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Pêche
Des pêcheurs de civelles condamnés à de lourdes peines

Dix prévenus, dont plusieurs pêcheurs professionnels de Vendée et de Charente-Maritime, ont été condamnés le 15 décembre par le tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon pour trafic illégal de civelles. 

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© FDAAPPMA 80

Au terme d’une enquête longue et complexe menée par l’Office français de la biodiversité (OFB) et la gendarmerie, un vaste réseau de trafic de civelles a été mis au jour au printemps dernier. Près de 470 kilos de civelles, ces alevins d’anguilles d’Europe particulièrement convoités, ont été écoulés illégalement, principalement vers l’Espagne, pour un préjudice écologique estimé à près de 476 000 euros.

Les faits concernaient des marins-pêcheurs installés notamment sur le port de Charron (Charente-Maritime), opérant dans la baie de l’Aiguillon, en Vendée. Dix personnes ont comparu devant le tribunal en septembre.

Sursis, interdictions et 450 000 euros d’amendes

Le délibéré, rendu le lundi 15 décembre, a abouti à un panel de sanctions combinant des peines de prison avec sursis, des interdictions d’exercer la pêche professionnelle ou la pêche de la civelle pour des durées d’un à trois ans, et des amendes cumulées atteignant 450 000 euros.

Le parquet avait requis des peines plus sévères, incluant de la prison ferme pour certains prévenus, notamment pour celui présenté comme la tête pensante du réseau.

Associations et fédérations : le sentiment d’un préjudice sous-évalué

Du côté des parties civiles, la décision laisse un goût amer. Les fédérations de pêche et les associations environnementales estiment que la réparation du préjudice écologique n’est pas à la hauteur.

« Ce sont des messages forts qui sont envoyés aux pêcheurs professionnels qui ont envie de braconner », reconnaît Arnaud Tanguy, directeur administratif et technique de la fédération de Vendée pour la pêche et la protection du milieu aquatique. « Mais on reste globalement déçus au niveau de la partie civile sur les indemnisations ». 

Même analyse du côté de France Nature Environnement Vendée. « On avait quand même des marins pêcheurs professionnels qui trempaient délibérément dans des trafics relevant du braconnage », rappelle Yves Lecalec, président de FNE Vendée.

Un préjudice écologique jugé « irréparable »

Lors des réquisitions, le ministère public avait insisté sur la gravité environnementale des faits. « Le préjudice écologique est irréparable en nature, il ne peut être compensé qu’en valeur », avait déclaré Olivier Dubief, vice-procureur de la République de La Roche-sur-Yon.
L’Office français de la biodiversité avait, de son côté, évalué le préjudice à plus de 600 000 euros, un montant supérieur à celui finalement retenu par le tribunal.

Une pêche ultra-réglementée, au cœur de toutes les tensions

La civelle, alevin de l’anguille européenne, se vend environ 400 euros le kilo pour la consommation, mais atteint 2 000 à 6 000 euros le kilo sur les marchés asiatiques clandestins, ce qui en fait une ressource particulièrement exposée au trafic.
Classée en danger critique d’extinction par l’UICN depuis 2008, l’anguille européenne a vu ses populations chuter de plus de 90 % depuis les années 1980. Le CIEM recommande l’arrêt total de sa pêche, tandis que la France demeure l’un des derniers pays européens à l’autoriser, sous quotas stricts. 

Un projet d’arrêté gouvernemental prévoit d’ailleurs une nouvelle baisse des quotas à 55 tonnes en 2025-2026, puis 43 tonnes en 2026-2027, contre 65 tonnes actuellement.

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