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Faire place nette de gibier avant la fauche

Les cinq fédérations des chasseurs des Hauts-de-France ont investi l’an dernier dans l’achat de barres d’effarouchement qu’elles mettent à disposition des agriculteurs pour épargner la petite faune sauvage lors de la réalisation des travaux de fauche.

Se faire «chatouiller» ou bousculer plutôt que de finir broyé ou amputé, c’est l’alternative qu’offre à la petite faune sauvage l’installation d’une barre d’effarouchement à l’avant d’un tracteur qui s’apprête à récolter une parcelle en herbe. Trivial, mais terriblement efficace. Dans les cinq départements des Hauts-de-France, les fédérations des chasseurs ont investi l’an dernier dans l’achat de barres d’effarouchement qu’elles mettent à disposition (gratuitement) des agriculteurs. Dans la Somme, six barres sont disponibles et mobilisables pour différents types de travaux, de l’entretien de bandes enherbées, des SIE, pressage de paille à la destruction des couverts en passant par les travaux de fenaison. 

 

Bruit et contact

Agriculteur et gérant d’une entreprise de travaux agricoles à Loeuilly, à une quinzaine de kilomètres au sud d’Amiens, Jean-Philippe Hermant est un utilisateur régulier de l’une de ces barres d’effarouchement. C’est également chez lui que l’une des six barres samariennes est stockée à l’abri lorsqu’elle n’est pas empruntée. Avant de laisser pâturer ses animaux – il est éleveur bovin et ovin –, M. Hermant réalise ainsi chaque printemps une coupe d’herbe. Installer la barre d’effarouchement devant sa faucheuse est devenu un réflexe : «Depuis pas mal de temps, j’avais en tête de m’équiper, explique-t-il. On a toujours mal au cœur de voir des animaux déchiquetés au sol après le passage de la faucheuse ou du broyeur. J’ai même pensé à m’équiper moi-même avant de profiter de celle mise à disposition par la fédération des chasseurs.» Pour l’utiliser, il suffit d’avoir un tracteur muni d’une prise hydraulique à l’avant. Réalisée en acier galvanisé, la barre est composée de trois éléments dé-montables – le bâti mesure 2,80 m auquel on ajoute un bras à droite de 3,5 m et un bras à gauche (en option) de 2 m - sur lesquels sont installés des peignes et des chaînes lestées par un marteau. Grâce à ce double système conçu par la société MCL, «c’est autant le bruit que le contact qui fait fuir les ani-maux», constate Nicolas Portois, administrateur de la fédération des chasseurs et agriculteur. 

 

Réservation et géolocalisation

Lorsqu’il l’utilise, Jean-Philippe Hermant adapte sa vitesse de travail, et donc le débit de chantier : «Le maximum auquel on puisse rouler, c’est 6 km/h. Au-delà, ce n’est plus efficace, les animaux n’ont pas le temps de réagir.» Les animaux qu’il «dérange» - c’est pour leur bien -, sont principalement des faisans et des lièvres. Le seul inconvénient, c’est finalement le gabarit : «C’est assez large à l’avant. Il faut faire attention en roulant pour ne pas accrocher les bas-côtés…», explique l’agriculteur. Hormis cette précaution à prendre, Jean-Philippe Hermant se dit «surpris» par le manque d’intérêt d’autres agriculteurs pour l’utilisation de cet outil, lui qui n’est pas chasseur. Est-ce la faute à la complexité pour fixer la barre à l’avant du tracteur ? «Pas du tout, estime M. Hermant, c’est simple comme tout et ça ne prend pas beaucoup de temps.» Lorsque la barre est posée à plat, à l’horizontal, une dizaine de minutes tout au plus suffisent. Une fois dans la parcelle prête à être fauchée, déployer le bras équipé des peignes et des marteaux ne prend aussi qu’un court instant. 

Du côté de la fédération des chasseurs de la Somme, pour assurer le suivi de ces outils, un boitier Karnott a été installé sur chacune des barres : «Cela permet de les géolocaliser, de savoir si elles sont utilisées et dans quelles conditions», rapporte Aurélie Thaureau, chargée de mission en agro-environnement à la fédération des chasseurs de la Somme. Dernier avantage, le boitier permet aussi de connaître la disponibilité d’une barre dans un secteur donné. À la fin de chaque saison de fenaison, un bilan de l’utilisation des barres d’effarouchement devra être établi et communiqué aux financeurs de ces équipements (Fédération régionale et départementale des chasseurs Hauts-de-France, Office français de la biodiversité, Conseil régional des Hauts-de-France). En attendant, pour en bénéficier, «c’est facile», souligne Aurélie Thaureau. Il suffit d’appeler la fédération avec un numéro dédié (06 02 00 72 49) et on s’organise pour la mise à disposition». Aussi simple d’un coup de peigne. 

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