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Cuma
La mutualisation face aux défis du machinisme

Face à l’explosion du prix des machines agricoles, la mutualisation reste une solution indispensable aux agriculteurs. Pour Marine Boyer, présidente de la Fédération nationale des Cuma, ce modèle permet non seulement de réduire les charges, mais aussi de favoriser l’accès à l’innovation et d’accompagner la transition agroécologique.

Les matériels les plus sollicités en Cuma concernent principalement la traction, l’épandage, l’ensilage et le travail du sol, mais de nouvelles solutions émergent.
Les matériels les plus sollicités en Cuma concernent principalement la traction, l’épandage, l’ensilage et le travail du sol, mais de nouvelles solutions émergent.
© Pexels

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la mécanisation a été le moteur de la modernisation agricole française. Elle a permis d’accroître la compétitivité, d’améliorer les conditions de travail et de soutenir l’installation de nouvelles générations. Mais aujourd’hui, le machinisme est au cœur d’une transition ambivalente : il représente à la fois un levier économique et un poste de charges majeur pour les exploitations françaises. En quelques années, le prix du matériel agricole a augmenté de 30 %. «Un agriculteur qui rejoint une Cuma accède à du matériel plus performant, plus récent, tout en réduisant ses charges de mécanisation», explique Marine Boyer, présidente de la FNCuma et éleveuse en bovins viande installée en Aveyron. Selon la fédération, l’économie moyenne d’une exploitation par an atteint les 15 000 €. Mais la politique fiscale pose encore un frein au développement des Cuma, alors que le machinisme pèse lourd sur les exploitations.

Un poids important sur les exploitations

D’après Marine Boyer et le plaidoyer pour une mécanisation vivable et durable de l’agriculture française (juillet 2024), les frais liés aux machines représentent en moyenne 25 % des charges d’exploitation, et jusqu’à 30 % selon les filières. Chaque exploitation supporte chaque année environ 66 000 € de coût de mécanisation, dont plus de la moitié est liée à la traction et au carburant. À l’échelle nationale, cela représente 1,4 milliard d’euros par an. D’après la fédération, cette dépendance pèse sur la compétitivité des fermes, d’autant plus que les politiques fiscales encouragent encore l’achat individuel : ainsi, moins de 10 % des machines agricoles sont mutualisées en France. Pourtant, au-delà de l’économie qu’elles permettent de réaliser, les Cuma constituent un laboratoire d’idées, dont les agriculteurs sont au centre. Grâce au système de mutualisation, les agriculteurs testent et adoptent plus facilement du matériel innovant : près d’un tiers des Cuma sont déjà engagées dans le désherbage mécanique, preuve que la transition s’opère aussi par l’acquisition de nouvelles machines. Et puisque le matériel devient de plus en plus sophistiqué, la FNCuma encourage l’embauche de salariés capables d’en assurer la conduite et l’entretien. «Un salarié spécialisé réduit les coûts de réparation et gagne en efficacité dans les champs», assure Marine Boyer. Mais pour elle, la transition est loin de s’arrêter à l’aspect matériel. «L’innovation est autant technologique qu’organisationnelle», et c’est d’ailleurs le collectif et le partage des compétences qui permet de développer de nouvelles pratiques.

Un défi social et environnemental

Avec 522 millions d’euros investis en 2023, pour un montant moyen de 127 000 € par Cuma, le réseau reste un acteur majeur du machinisme agricole. Les matériels les plus sollicités concernent principalement la traction, l’épandage, l’ensilage et le travail du sol, mais de nouvelles solutions émergent, notamment autour du bois-énergie et des équipements liés à l’agroécologie. Marine Boyer regrette cependant que la fiscalité favorise encore l’investissement individuel : la FNCuma milite pour un crédit d’impôt «mécanisation responsable et collective», afin de limiter la surconsommation, avec un objectif de 30 % de mutualisation d’ici 2050. Cette mutualisation reste aussi une clé pour l’installation des jeunes agriculteurs, en réduisant les charges et en créant du lien social sur les territoires. Pour les dix prochaines années, la FNCuma se prépare à relever un double défi : garantir l’accès aux innovations pour tous les agriculteurs et inscrire la mécanisation dans une logique agroécologique. «La machine doit rester un outil au service de l’environnement et de l’agriculteur», assure Marine Boyer. Aujourd’hui, 34 % des Cuma pratiquent déjà le désherbage mécanique ou alternatif, avec une progression de 36 % en trois ans.

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