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Filière volailles
La Cour des comptes pose des questions sur la filière volailles sans y répondre

La Cour des comptes aime décidément bien l’agriculture et tout son environnement. Le 3 septembre, elle a rendu public un rapport qui dresse un panorama peu glorieux de la filière volailles en France. Deux questions restent en suspens : pourquoi ce rapport ? Et quelles solutions pour redresser la filière ?

Depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, les codes ont changé, l’inflation est passé par là et les Français n’ont évidemment plus les moyens d’acheter  régulièrement un poulet Label Rouge ou bio.
Depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, les codes ont changé, l’inflation est passé par là et les Français n’ont évidemment plus les moyens d’acheter régulièrement un poulet Label Rouge ou bio.
© Réussir SAS

Le constat que dresse la Cour des comptes de la filière volailles est déjà connu de tous : forte dépendance aux importations, demande de consommation croissante portée par la restauration hors-domicile, une production nationale en berne, une balance commerciale dégradée, une production bien soutenue par la Pac, etc. Dans le rapport d’une soixantaine de pages que la deuxième section de la 2e chambre de la juridiction financière a présenté le 3 septembre, la Cour a le mérite de compiler les données et de dresser un état des lieux très proche de la réalité. Oui la France a perdu son statut de premier exportateur européen de viande de volailles à la fin des années 1990, en passant de 1 million de tonnes à 400 000 tonnes. Fin 2022, elle importait 800 000 tonnes de volailles presque exclusivement (94 %) en provenance des pays européens. Oui ses coûts de production sont supérieurs à ceux de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Thaïlande, de l’Ukraine et du Brésil. «Rien de neuf sous le soleil», dirait-on de façon prosaïque.

Les magistrats s’interrogent également sur une montée en gamme qui «vise un marché peu dynamique», oubliant la volonté des politiques et du consommateur de ne plus vouloir manger du poulet bas de gamme. Mais depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, les codes ont changé, l’inflation est passé par là et les Français n’ont évidemment plus les moyens d’acheter régulièrement un poulet Label Rouge ou bio. Les magistrats de la Cour semblent parfois oublier qu’il ne faut plus d’élevages dit «industriels» qui permettent des économies d’échelle et que les exigences des consommateurs, sous la pression des écologistes, sur le bien-être animal ont un coût. Concernant le règlement Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), la Cour estime qu’il ne constitue pas un réel frein de compétitivité. Elle minimise, de manière amphigourique, les recours juridiques contre la construction des bâtiments avicoles.

 

Plan Anvol

Concrètement, quelles solutions la Cour apporte-t-elle ? Elle ne formule, en tout et pour tout que deux recommandations (lire encadré), ce qui est bien pauvre au regard de l’enjeu stratégique que constitue cette filière en France. De temps en temps, elle envisage quelques propositions un peu concrètes. Pour réduire les coûts de l’aliment, les magistrats suggèrent de développer des «alternatives à base de tourteaux de tournesol ou de colza, cultivables sur le territoire national, comme l’introduction de protéagineux secs dans les rations ou les travaux sur de nouvelles sources de protéines comme les algues ou les insectes constituent des opportunités pour la filière française». Encore faut-il construire ces filières, trouver des investisseurs et qu’elles soient rentables. Surtout, les magistrats ne se mouillent pas sur le coût du travail, se retranchant derrière un pudique et diplomatique métalangage : «La prise en compte de l’évolution du coût du travail sur une période plus récente serait ainsi nécessaire.»

Parmi les points positifs, ils donnent quitus au plan de l’Interprofession volailles (Anvol) de 2018 sur l’adaptation des bâtiments d'élevage, des abattoirs, et des outils de la filière ainsi que sur les investissements à réaliser dans les bâtiments d'élevage en label et en Bio (90 M€ sur cinq ans). Ils remarquent également que «les trois-quarts des réglementations en matière de bien-être animal dans le monde sont applicables en Europe» et que, par conséquent, «les conditions d’élevage apparaissent ainsi moins strictes dans les pays tiers».

On aurait aimé une analyse plus complète sur les freins politiques tant français qu’européens et une conclusion un peu évasive que celle-ci qui appelle «à une clarification de la position de l’État, des régions et des professionnels sur les nombreux enjeux auxquels elle doit faire face». Cela s’appelle simplement définir une stratégie et se donner les moyens de l’appliquer.

 

Des magistrats hors-sol ?

Egalim, Chasse, gestion de l’eau, cheptel bovin… La Cour des comptes n’en finit pas de scruter à la loupe toutes les facettes de l’agriculture, de l’alimentation et de la ruralité, avec toujours la même volonté de nuire. Car disons-le clairement et franchement, les ronds-de-cuir si chers à Courteline, ne sont pas morts. Certes, les «gendarmes du chiffre» sont dans leur rôle, leur mission et leurs intentions sont sans doute louables quand il s’agit d’être économe des deniers de l’État. Cependant, au-delà du constat, les magistrats n’apportent rien sur ce dossier avicole comme dans bien d’autres : aucune véritable solution viable et pratique qui permette aux éleveurs de vivre de leur métier et de construire une filière solide et exportatrice. À croire qu’ils sont parfois hors-sols.

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