Aller au contenu principal

Quelle évolution de l’agriculture périurbaine face aux enjeux fonciers ?

Le regard des citadins sur l’agriculture périurbaine est en général positif.

Bien qu’ils en apprécient en général la présence à leur porte, les citadins prêtent à l’agriculture périurbaine moins de valeur économique que paysagère.
Bien qu’ils en apprécient en général la présence à leur porte, les citadins prêtent à l’agriculture périurbaine moins de valeur économique que paysagère.
© Jérôme Chabanne

L’essor de l’agriculture de proximité est vu comme un rempart contre l’artificialisation du foncier particulièrement forte aux abords des villes. Si cela permet de maintenir une activité agricole menacée près des centres urbains, les tensions liées au foncier traduisent aussi des représentations sociales qui peuvent impacter l’agriculture de demain. S’appuyant sur les contestations de permis de construire en Ile-de-France, André Torre, directeur de recherche à l’Inra, lève des interrogations qui peuvent également s’appliquer aux autres régions fortement urbanisées.

L’activité agricole, rarement objet de conflit
Ces dernières années, le maintien de l’agriculture est une préoccupation croissante des collectivités, qui en font un objectif à part entière dans les plans d’urbanisme locaux ou régionaux (PLU, SCOT…). Parallèlement au développement des circuits courts qui facilitent le dialogue direct entre producteurs et consommateurs, cette tendance participe «à la réévaluation de l’agriculture dans notre société», note André Torre. L’agriculture revient ainsi avec force dans les représentations symboliques des urbains, avec une connotation plutôt positive. Et si l’idée est souvent véhiculée d’une difficile cohabitation entre l’agriculture et les autres activités en zone périurbaine, l’activité agricole est rarement un objet de conflit en tant que tel. Certes, les citadins émettent des inquiétudes vis-à-vis de pratiques qu’ils considèrent comme pouvant nuire à leur environnement (construction de hangar, épandage de pesticides, brûlage en plein champ…), mais en Ile-de-France, la majorité des conflits porte sur la reconversion des terres agricoles. 49 % du contentieux de la région concerne la lutte contre l’extension de la ville et de ses infrastructures au détriment des terres agricoles.

Indifférenciation entre nature et agriculture
Face à cela, 34 % du contentieux témoigne d’un mouvement parallèle de résistance contre la protection réglementaire du foncier agricole. Et ce conflit sur l’usage des terres ne se réduit pas, comme on a tendance à le croire, à une opposition entre agriculteurs désireux de préserver leur activité et urbains consommateurs de sols. Pour l’agriculteur, la question se pose aussi de maintenir une activité agricole en zone périurbaine alors que la rentabilité de la conversion des terres en terrains à bâtir est bien plus élevée, ou qu’une délocalisation permettrait de diminuer les coûts de production. L’incertitude toujours présente quant au devenir de ces terrains rend l’installation et l’extension difficile pour les agriculteurs à proximité des villes.
D’un autre côté, l’agriculture de proximité demeure prisée par les urbains qui apprécient son aspect écologique (moins de transport) et la possibilité de pouvoir contrôler l’origine des produits. Cependant, si les citadins se sont attachés à l’agriculture de proximité, c’est principalement pour «ses vertus paysagères ou de protection de l’environnement» précise encore André Torre. C’est l’«opportunité de résistance contre l’avancée du front urbain» qui les fait s’engager en faveur de l’agriculture, «source de plaisirs visuels qui rejoint leur désir de nature». La fonction principale de l’agriculture, nourrir les hommes, leur apparait d’autant plus secondaire que les circuits courts ne contribuent pas de manière significative à la fonction alimentaire des métropoles. Défendant davantage un élément de confort plutôt qu’une activité productive, les urbains se mobilisent davantage pour les activités agricoles diversifiées, biologiques, et «propres», au détriment des grandes cultures qui reculent devant la progression de l’urbanisation. Avec pour conséquence prévisible, le repli de celles-ci sur des terres moins propices à cette activité, entraînant une perte qualitative et quantitative. Car il ne faut pas oublier cette donnée de plus en plus négligée : historiquement, le développement des métropoles est souvent lié à la proximité de terres agricoles fertiles.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

mouflon en baie de Somme
Trop de mouflons et de sangliers en baie de Somme, une battue organisée

Face à la progression des dégâts agricoles et aux déséquilibres écologiques sur le littoral samarien, l’État et les acteurs…

Terres et Eaux en procédure de sauvegarde chasse pêche outdoor
Terres et Eaux, l’enseigne emblématique de l’équipement outdoor, dans les ronces

Le Tribunal de commerce de Lille-métropole a ouvert le 19 janvier 2026 une procédure de sauvegarde à l’encontre de…

Prix 2026 : la douche froide pour les producteurs de Vecquemont

L’industriel Roquette a précisé le prix de base des pommes de terre fécule pour 2026. Comme attendu, car annoncé lors de l’…

Rencontres, dégustations et animations : le stand de la Somme attire petits  et grands au Sia.
La Somme à l’honneur au Salon international de l’agriculture 2026

Pour la 3e année consécutive, la Chambre d’agriculture de la Somme, en partenariat avec le Conseil départemental,…

Rima Hassan insulte Laurent Duplomb
PPL Duplomb : une députée LFI préfère l’insulte au débat

La proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb sur la réautorisation de certains produits phytosanitaires ravive un débat…

Olivier Parcy : «Nous ne sommes pas récompensés financièrement des services que rend l’élevage à l’environnement. Pourtant, les prairies humides sont des puits de carbone.»
Olivier Parcy et ses charolaises portent la vallée de la Somme au sommet

En moyenne vallée de la Somme, une prairie fauchée des marais de Fontaine-sur-Somme a interpellé le jury départemental des…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 1 € par semaine
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Action Agricole Picarde
Consultez les versions numériques de l'Action Agricole Picarde et du site, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de l'Action Agricole Picarde