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Vincent Lepers, l’esprit multiplicateur

Installé depuis 1996 en Gaec avec son frère Bruno, à la ferme de Saint-Accart, dans la commune de Belloy-sur-Somme, Vincent Lepers est producteur multiplicateur de G4.

Vincent Lepers : «Si on veut être producteur multiplicateur, il faut respecter à la lettre le cahier des charges et être extrêmement sérieux.»
Vincent Lepers : «Si on veut être producteur multiplicateur, il faut respecter à la lettre le cahier des charges et être extrêmement sérieux.»
© AAP

«Si on veut être producteur multiplicateur, il faut respecter à la lettre le cahier des charges et être extrêmement sérieux, et même bien plus exigeant que pour une culture traditionnelle. Il faut avoir un esprit multiplicateur et le faire à 100 %, sinon ce n’est pas la peine», précise d’emblée Vincent Lepers. Cet esprit-là, chez lui, ne date pas d’hier. Ses parents, déjà, étaient agriculteurs multiplicateurs. C’est donc tout naturellement que lui et son frère ont suivi leurs traces, quand ils ont repris la ferme familiale.
Si leurs parents avaient concentré leur activité de multiplicateurs sur le blé et l’escourgeon, Vincent et Bruno ont ajouté de nouvelles cordes à leur «arc» : les pois protéagineux et les orges de printemps. En plus de la multiplication de semences, ils sont, par ailleurs, producteurs de pommes de terre, de betteraves et de maïs ensilage pour le bétail. Le tout sur 214 ha.
Pour lui, comme pour son frère, coopérateurs chez Noriap, «autant que les semences que l’on utilise soient produites par les adhérents. C’est un gage de qualité et de traçabilité, puisque nous n’achetons que des semences certifiées, certes plus chères à l’hectare, environ 75 euros. Mais cela nous permet aussi de contribuer à l’investissement dans la recherche, et donc au développement des variétés. De quoi développer notre métier», explique Vincent Lepers.

Des règles strictes
Le cahier des charges qu’ils doivent respecter impose des champs propres, autrement dit l’éradication des mauvaises herbes, l’isolement de la parcelle, soit naturellement par des chemins ou des bois, soit par une culture différente. «Si c’est une même culture, on doit laisser une bande de 5 m et un écart de 20 cm d’espace sans semer. Ensuite, on doit détourer la parcelle», détaille l’agriculteur. Autre contrainte : à la moisson, le matériel utilisé doit être impeccable pour qu’aucune graine étrangère ne se mêle à la récolte.
Pour s’assurer que le cahier des charges est respecté à la lettre, les techniciens de la station de Chaulnes, auxquels les frères sont rattachés, font deux visites de contrôle par an, l’une en mai, l’autre en juin. «Une année, on a dû épurer, parce qu’il y avait de la repousse d’escourgeon dans du blé. Du coup, depuis, on évite de mettre côte à côte du blé et de l’escourgeon», explique Vincent Lepers. Cette année, les techniciens ont relevé un manque de pureté variétale, dû à un problème venant du semencier.
«Les semences n’étaient pas pures, mais nous ne l’avons pas vu. C’est dire l’importance des contrôles pour nous, car cela nous aide à avoir la meilleure production possible», commente-t-il. Sans compter que le manque de pureté variétale ayant été identifié comme de la responsabilité du semencier, les frères Lepers ont été indemnisés comme s’ils avaient produit toute la semen­ce qu’ils devaient livrer.

Une rémunération insuffisante
Sa rémunération est calculée selon le prix de la base de la culture, une prime de multiplication, une autre de stockage, une autre pour la qualité, mais auxquels sont soustraits le transport et une taxe à l’hectare. Sa prime de multiplication pour l’orge de printemps est de 22 euros à la tonne pour une production qui doit être comprise entre 55 et 65 qx/ha. Pour les pois protéagineux et les féveroles, ce sont 33 euros à la tonne pour une production comprise entre 40 et 60 qx/ha. Pour le blé et l’escourgeon, ce sont 22 euros sur le net trié (mini 5,5 T/ha, maxi 6,5 T/ha).
«Les primes sont fixées entre Noriap et Séliance, mais depuis deux ans, ils organisent des réunions avec les producteurs de semences, ce qui nous a permis d’aborder la question de la rémunération», confie Vincent Lepers.
Une question de taille car, compte tenu de la rigueur du cahier des charges, celui-ci, à l’instar d’autres agriculteurs multiplicateurs, considère que la rémunération est «insuffisante», que ce soit pour son contrat en blé, ou pour celui en escourgeon, en pois protéagineux et en orge de printemps. Outre les exigences réclamées, s’ajoutent des investissements, la nécessité de stocker les céréales en raison de la distance entre sa ferme et la station de Chaulnes (environ 60 km), la disponibilité à avoir quand la station appelle pour envoyer un camion venant récupérer la production. A priori, selon les derniers échanges au cours des réunions, les coopératives vont revoir leurs prix à la hausse.

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