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Beurre : «La crise illustre les dysfonctionnements de la filière»

En pleine crise du beurre, les coopératives laitières tiennent à faire entendre leur voix. Selon Dominique Chargé, président de la FNCL, il faut que la filière laitière se prenne en main.

Le manque pourrait s’expliquer par le report des petits faiseurs vers les rayons des grandes surfaces pour faire leurs achats de beurre, à meilleur prix qu’auprès des grossistes.
Le manque pourrait s’expliquer par le report des petits faiseurs vers les rayons des grandes surfaces pour faire leurs achats de beurre, à meilleur prix qu’auprès des grossistes.
© Réussir SA / J. C. Gutner

Le moment choisi par la FNCL pour prendre la parole n’était sûrement pas anodin, tant les sujets brûlants pour la filière laitière étaient nombreux en ce 24 octobre. La crise du beurre, tout d’abord. «Le beurre vrac est passé d’un prix de 3 000 euros la tonne en 2015 et jusqu’en août 2016, à une hausse continue depuis cette date pour atteindre 6 500 euros aujourd’hui, ce qui crée une situation inédite et qui pose un problème», explique Dominique chargé, président de la FNCL.
Cet état de fait, «exceptionnel et déconnecté de la réalité», s’explique par une réhabilitation du beurre par les nutritionnistes qui se traduit par une hausse de la consommation, avec une demande internationale en hausse, notamment dans les pays émergents comme la Chine, et une demande accrue du fromage pour les professionnels qui absorbent une part importante de la matière grasse laitière. Même s’il se refuse à qualifier de «pénurie» la situation du beurre en grandes surfaces, Dominique Chargé a expliqué toutefois que le manque de certains produits pouvait s’expliquer par le report des petits faiseurs vers les rayons des grandes surfaces pour faire leurs achats de beurre, à meilleur prix qu’auprès des grossistes.
«On constate un décalage très important du prix de la plaque de 250 grammes facturé au consommateur en grande distribution. Celui-ci n’a augmenté que de 6 % entre mars et juillet 2017 alors qu’il a augmenté de 40 % dans les grandes surfaces allemandes, ces dernières répercutant les hausses demandées par les transformateurs», explique le président, ce qui n’est pas le cas en France. Pire, face à ce manque de beurre en rayons, «les distributeurs passent des surcommandes aux industriels, et ces derniers ne pouvant répondre, ils s’exposent à des pénalités pour non-livraison», s’indigne-t-il.
Autre élément entrant en ligne de compte : il existe une fragilité sur le marché français qui importe chaque année 100 000 tonnes de beurre. La très faible valorisation du beurre auprès des grandes surfaces actuellement peut inciter les industries laitières à vendre prioritairement sur le marché spot ou à s’orienter vers une transformation en fromage.

Reprise de la production laitière en Europe
La production de lait en Europe reprend depuis mars 2017, ce qui permettra de retrouver des volumes. Cette hausse est toutefois contrastée d’un pays à l’autre. Les Pays-Bas sont en retrait (- 0,5 % en juin 2017 par rapport à juin 2016, et - 0,2 % en juillet) à cause de la réduction du cheptel liée à la directive phosphate, mais d’autres pays sont très dynamiques : l’Irlande (+ 10 % en août) et la Pologne (+ 7 % en juillet). En France et en Allemagne, les volumes sont en hausse en août et en septembre.
Le retour à des prix plus habituels ne devrait toutefois pas intervenir avant le printemps 2018, estiment les coopératives laitières.
Pour la FNCL, la crise du beurre illustre les dysfonctionnements de la filière laitière. «À l’avenir, le beurre continuera d’être fabriqué, mais il faut que le transformateur y trouve son compte.» L’équation économique est donc au cœur de la réflexion de la fédération. Trois leviers ont été identifiés par la FNCL pour construire une filière laitière durable : la structuration de l’offre grâce à la montée en puissance des OPC, un modèle à promouvoir permettant à une OP d’être propriétaire du lait collecté et de choisir son marché. «C’est une solution pour inverser le rapport de force avec la grande distribution», explique Dominique Chargé. Les éleveurs doivent aussi travailler sur leur compétitivité, avec une maîtrise des coûts de production dès le niveau de l’exploitation agricole. Et la filière doit répondre aux attentes sociétales pour des produits davantage durables et qualitatifs.
«On doit relever le défi consistant à sortir des produits mieux valorisés», selon Dominique Chargé. Mais en impliquant toute la filière, y compris les distributeurs qui font déjà partie d’un comité de liaison au sein de l’interprofession. À la veille du début des négociations commerciales, la FNCL insiste sur l’importance d’une hausse du SRP, celle-ci portant ses fruits seulement si elle s’accompagne du respect du tarif fournisseur comme base de négociation, d’un encadrement des promotions, d’une utilisation du prix abusivement bas en dehors des crises et d’une rénovation de clause de renégociation. «Cette clause doit pouvoir être réactivée en cas de fluctuations importantes des cours et doit déboucher sur une obligation de résultat. Dans le cas contraire, elle doit permettre une suspension du contrat», prévient Dominique Chargé. Un fonctionnement qui serait tout particulièrement adapté à la crise actuelle du beurre qui exige, selon la FNCL, une prise en compte plus rapide des hausses des cours par la grande distribution.

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