Film : face à la crise et à l’objectif, des éleveurs se mettent à nu !
L’agriculture, et plus particulièrement la situation des
éleveurs, se retrouve une nouvelle fois devant la caméra.
«Normandie nue», une comédie dramatique réalisée par Philippe Le Guay, est sortie en salle mercredi 10 janvier.

Au Mêle-sur-Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, agriculteur et maire, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village. Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Sur la Nationale 12, l’artiste se retrouve bloqué par un barrage mené par les exploitants agricoles lors d’une manifestation. Balbuzard, joué par François Cluzet, y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun habitant n’est d’accord pour se mettre à nu...
Agriculteurs et apprentis acteurs
C’est avec cette intrigue plutôt insolite que le réalisateur Philippe Le Guay plonge le spectateur en plein cœur du monde rural et de ses problématiques actuelles (isolement, difficultés de l’élevage…). L’arrivée de ce photographe, qui souhaite mettre les villageois sur le devant de la scène, va bouleverser le quotidien de la petite commune.
Bien que Parisien, Philippe Le Guay est un enfant du pays et a voulu poser ses caméras dans cet environnement qu’il connaît bien. «Je me suis marié à l’église de Mêle-sur-Sarthe. Ma famille a un caveau dans le cimetière, mon grand-père s’est toujours investi dans la vie du village, mon père était adjoint au maire, indique-t-il. Cependant, rien ne laissait présager que la greffe allait prendre entre le monde des éleveurs et celui du cinéma. Il s’est passé un petit miracle. La production a ouvert un restaurant, engagé une cuisinière ; le soir, l’équipe dînait sur place, les habitants du village avaient table ouverte, le pharmacien, le garagiste, etc.»
Au final, beaucoup d’entre eux ont fini par participer au tournage jusqu’à devenir des apprentis acteurs. «Pour la scène du barrage de la nationale où, hormis Grégory Gadebois qui joue le boucher, il n’y a que de vrais éleveurs, souligne le réalisateur. Tourner avec des amateurs induit énormément de choses : nous avons utilisé deux caméras pour pouvoir multiplier les plans. J’ai renoncé au combo pour être tout près des acteurs et rester réactif. Je tenais à éviter les prises trop nombreuses pour ne pas les fatiguer.»
La photo finale
Si Philippe Le Guay l’avoue - «cela ne s’est pas fait en un jour» - les habitants ont tout de même accepté de se déshabiller pour les besoins du film. «Les gens du village ont compris qu’ils pourraient exprimer quelque chose de leur condition en participant ensemble à cette photo», explique-t-il. La photographie de nue, autour de laquelle tourne le film, s’est déroulée dans une parcelle du secteur. Un champ méticuleusement sélectionné. «On a fait un casting de champs !, précise Philippe Le Guay. Nous en avons visité des dizaines et avons fini par dénicher le nôtre, bien exposé au soleil, avec ce grand tilleul magnifique, un élément vertical et un élément horizontal, ainsi qu’un monticule pour que les personnages puissent se déployer.»
Il poursuit : «On avait tous le trac, mais, finalement, tous se sont lancés dans un élan libérateur, comme des enfants qui sautent du grand plongeoir.» Un acte citoyen et une comédie dramatique à découvrir dans tous les cinémas.
TROIS QUESTIONS A...
François Cluzet, acteur
«Les difficultés des éleveurs me touchent»
Quelle a été votre réaction en découvrant le scénario du film ?
J’ai trouvé l’idée démente ! Je connaissais le principe de ces happenings consistant à photographier des foules nues dans des endroits improbables - certains d’entre eux m’avaient beaucoup impressionné. L’appliquer à des paysans normands qui, même sous 40°C - comme le dit mon personnage - n’enlèveraient pour rien au monde leur pantalon, c’était vraiment fort ! Le télescopage de ces deux mondes m’enthousiasmait, d’autant plus qu’il servait la cause des paysans. J’adore la comédie quand elle est inventée.
Pourquoi était-ce si important pour vous ?
Les gens de ma famille étaient des paysans. J’entends encore mon grand-père me dire :
«Tu sais combien se vendait un veau il y a 20 ans ? - 500 francs ! Tu sais combien il se vend maintenant ? - 500 francs !» Les difficultés des éleveurs me touchent. Dans «Normandie nue», il y a une phrase formidable pour résumer leur situation : «On a nourri la France pendant des centaines d’années et, maintenant, on nous laisse crever de faim !» Il faudrait une petite révolution pour que les choses changent.
Georges Balbuzard (personnage principal) dirige une exploitation laitière. Avez-vous ressenti le besoin de vous immerger dans ce milieu ?
Non. Enfant, j’ai passé toutes mes vacances à la campagne chez mes grands-parents. L’étable, la traite, se lever à 4h du matin pour aider une vache à vêler... je connaissais. Je sais comment on noie les pigeons dans l’abreuvoir. Je n’avais pas eu besoin non plus de m’initier au braconnage pour tourner «L’Ecole buissonnière», de Nicolas Vanier. Il me suffisait de me rappeler les expéditions que je faisais avec mon oncle au bord de la rivière pour chercher des truites dans les trous ou trouver des écrevisses. C’est important pour moi de m’appuyer sur mon histoire : j’ai besoin de retrouver une intimité, un écho dans les personnages que j’interprète.