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Œufs : sans frein à la production, il va y avoir de la casse

Des producteurs d’œufs de la Somme tirent la sonnette d’alarme face à la surproduction qui touche actuellement la filière et redoutent ses conséquences. 

Effets de la crise sanitaire, baisse de consommation, multiplication des bâtiments... Plusieurs motifs pourraient expliquer la crise qui touche actuellement la filière œufs. 
Effets de la crise sanitaire, baisse de consommation, multiplication des bâtiments... Plusieurs motifs pourraient expliquer la crise qui touche actuellement la filière œufs. 
© Pixabay

«Cela fait un moment que l’on dit qu’on va dans le droit dans le mur, mais cette fois, on y est…» Éleveur de poules pondeuses à Grivillers, Jérôme Tassart est inquiet : «Tout est planté. Aucun metteur en marché ne tire vraiment son épingle du jeu. Certains sont même en train de perdre beaucoup d’argent.» Du côté des éleveurs, qu’il représente au sein de l’interprofession (CNPO), la crise est également bien là. À la demande des metteurs en marché, les vides sanitaires dans les bâtiments s’allongent, les réformes sont plus précoces et certaines catégories d’œufs sont déclassées, passant d’une catégorie à l’autre - du bio vers le plein air par exemple -, ou tout simplement orientés vers la casserie. Directeur général adjoint de Cocorette, Thierry Quillet confirmait en ce début de semaine : «Le marché est tendu, c’est vrai. D’un côté, la consommation d’œufs alternatifs a baissé par rapport à l’an dernier, et de l’autre, la production continue à augmenter. Dans beaucoup de structures, il y a des excès de production.» Pour Cocorette, spécialisée dans le segment alternatif, il n’y a pas eu d’autre choix que d’adapter les cycles de production : «On a fait réformer plus vite, quatre à six semaines plus tôt, notamment en bio. Les éleveurs sont toutefois indemnisés par rapport à leur perte de marge brute, mais il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps», explique M. Quillet. «C’est dur pour nous, mais aussi pour les éleveurs qui subissent l’augmentation du coût de l’aliment.» 

Livrant pour le groupe Matines, Jérôme Tassart assure, de son côté, ne pas encore avoir reçu de consigne pour restreindre sa production. Mais la situation globale interroge : «Les échos de ce qui se passe dans d’autres régions, comme la Bretagne, ne sont pas bons. On entend parler de bâtiments qui restent vides alors qu’ils sont à rembourser. Certains opérateurs demandent aux éleveurs d’arrêter l’œuf bio pour revenir au système plein air, ou se retrouvent tout simplement avec des ruptures de contrats.» Producteur d’œufs standards, Jérôme Tassart reste pour l’heure épargné, «notamment parce qu’on arrive à faire un peu d’export». 

 

Des raisons multiples 

Éleveur à Voyennes, Christophe Polin avançait en fin de semaine dernière plusieurs motifs pour tenter d’expliquer la crise qui touche actuellement la filière œufs. Pour lui, la première hypothèse se trouve du côté de la crise sanitaire de la Covid-19. L’arrêt de l’activité d’un certain nombre d’entreprises comme la fermeture d’un grand nombre d’entreprises de RHD ont en effet d’abord privé la filière œufs d’un certain nombre de débouchés pour une certaine catégorie d’œufs, standards en particulier. «En 2020, la consommation d’œufs n’a jamais été aussi forte. Cela restera une année exceptionnelle. Les consommateurs n’ont jamais autant cuisiné, fait des pâtisseries, ce qui a boosté la consommation. Mais depuis le début de l’année 2021, on assiste à un retour à la normale alors que la production reste la même», explique M. Polin. 

Seconde hypothèse, liée à la baisse de consommation : la saturation des entreprises de transformation. Si un certain nombre d’œufs sont d’ordinaire orientés vers la casserie, la formule n’est toutefois pas miraculeuse, comme l’explique Christophe Polin : «En temps normal, quand il y a une légère surproduction, la casserie sert de soupape de sécurité. Mais Avec la crise sanitaire, le marché des ovoproduits s’est restreint. Envoyer des œufs aujourd’hui en casserie, c’est compliqué parce que ces entreprises ont des stocks.» En matière de distribution, la pratique consistant pour les conditionneurs à «couvrir» leurs approvisionnements pour rester en capacité de livrer leurs clients – il s’agit ainsi de se préserver de pénalités pour rupture d’approvisionnement - participerait également à maintenir la production à un niveau plus élevé que celui que le marché peut accepter raisonnablement…

 

Trop de poulaillers ?

Enfin, et c’est sans doute l’explication qui aura le plus de mal à être acceptée, la surproduction d’œufs que l’on est en train de connaître pourrait être liée à une explosion du nombre de bâtiments d’élevage «un peu partout en France», dixit Jérôme Tassart. «Même en 2021, on voit encore des bâtiments sortir de terre, appuyés par des conditionneurs. On ne sait pas quand cela va s’arrêter…» 

«Beaucoup de bâtiments ont été construits pour la production d’œufs alternatifs pour faire face à la fin programmée de l’élevage en cages, mais on se rend compte finalement qu’il se produit encore beaucoup d’œufs standards», constate pour sa part Christophe Polin. Chacun de ces éleveurs comme le metteur en marché interrogé expliquent «attendre la rentrée» pour y voir plus clair. «En général, l’été n’est pas une période favorable pour la consommation d’œufs. Le pic de consommation a lieu pendant l’hiver.» 

Reste que si reprise du marché il y a d’ici quelques mois, les ennuis de la filière ne seront pas pour autant derrière : «Le consommateur demande une plus grande prise en considération du bien-être animal. Nous sommes évidemment favorables, mais comment fait-on ? Nous n’avons pas de baguette magique !», s’étonne Jérôme Tassart. Et les transitions prennent du temps. «Les prochains défis sont le sexage ou le durcissement du cahier des charges pour l’élevage bio, poursuit l’éleveur qui siège à la CNPO. Mais là encore, qui va payer ? Sûrement pas une grande majorité des consommateurs quand on connaît le surcoût que cela va engendrer.»

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