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Epargnées par le Covid-19, elles préparent l’après

Dans un contexte mondial globalement perturbé par l’épidémie de Covid-19, certaines entreprises régionales ont réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Florimond-Desprez et Nord Céréales.

Quatre-cents personnes ont participé à un webinaire animé par l’Isa de Lille au cours duquel deux entreprises régionales, dont Florimond Desprez sont revenues sur la manière dont elles ont vécues la crise du Covid-19.
Quatre-cents personnes ont participé à un webinaire animé par l’Isa de Lille au cours duquel deux entreprises régionales, dont Florimond Desprez sont revenues sur la manière dont elles ont vécues la crise du Covid-19.
© D. R - Florimond desprez



Quand le patron d’une maison de semences et le responsable d’une société d’exportation de céréales se retrouvent à discuter des conséquences du Covid-19 sur leurs activités et qu’à cela, on y ajoute un spécialiste des marchés mondiaux, cela donne lieu à un échange intéressant sur ce que pourrait être l’agriculture «d’après». Le 28 mai dernier, pas moins de 400 personnes ont participé au webinaire «Conséquences stratégiques du Covid-19 sur l’agriculture, l’alimentation et les échanges», avec des premières réponses de François Desprez, le PDG du groupe semencier Florimond-Desprez, et Joel Ratel, directeur de Nord Céréales sur la manière dont leurs entreprises ont géré cette crise. Directeur du Club Demeter, Sébastien Abis est revenu, quant à lui, sur le rapport des populations au contenu de leurs assiettes.

Des conséquences mineures pour la semence
Depuis Cappelle-en-Pévèle, dans le Nord, chez Florimond-Desprez, la crise a ainsi été diversement vécue en fonction des zones géographiques dans lesquels la maison de semences est installée – elle est présente dans 35 pays -, et des activités. Mais d’une manière générale, François Desprez assure que les conséquences ont été mineures : «Nous avons eu la chance en France que le confinement n’intervienne qu’à la mi-mars. Notre activité est très saisonnière. Quand le confinement a été décidé, nous étions en fin de fabrication des semences pour les semis de printemps. L’impact aurait été plus fort si la crise était intervenue quelques semaines plus tôt.» Pour Florimond-Desprez, qui a refusé le recours au chômage partiel, «l’impact reste limité et sans perte de chiffre d’affaires», a détaillé son PDG. La principale difficulté concernait le domaine logistique, poursuit François Desprez. «Il a fallu trouver des solutions de substitution au transport aérien et maritime. C’est aussi là qu’on a mesuré notre vulnérabilité face à la réglementation et que nous ne sommes pas suffisamment à l’aise avec la dématérialisation, que ce soit les entreprises ou l’administration française».

À l’export, la France a «marqué des points»
Spécialiste de la logistique, directeur de l’entreprise Nord Céréales, Joel Ratel constatait lors de ce webinaire «peu de conséquences sur l’activité portuaire, à Dunkerque, comme dans les autres ports français». Dans le top des pays importateurs de céréales françaises, se trouvent la Chine en numéro 1, puis l’Égypte, l’Algérie et le Maroc. La campagne en cours s’annonçant d’ailleurs, selon M. Ratel, «comme un excellent cru». «La première semaine de confinement a été difficile à gérer, il y avait beaucoup d’incertitudes, mais finalement tout s’est bien passé.» Le transport des céréales depuis les silos des organismes stockeurs jusqu’aux installations de Nord Céréales n’a pas connu d’interruption. En ce qui concerne les livraisons par le rail, elles ont été compliquées pendant «trois semaines» avant de profiter du ralentissement du transport de voyageurs. Au plan international, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine auraient visiblement favorisé les affaires du commerce français. «Nous n’avons perdu aucun client pendant cette période. On a même travaillé plus que d’habitude à cette période de l’année», se réjouit le directeur de Nord Céréales. Enfin, les collecteurs de céréales actionnaires de Nord Céréales ont eux aussi «bien joué le jeu, rapporte Joël Ratel, et on les remercie pour cela. Ainsi, nous avons pu continuer à exporter sans problème. On pense même que la France a marqué des points auprès de pays acheteurs». Plutôt de bon augure donc pour l’avenir.

Des orientations politiques dangereuses
Mais pour François Desprez, la crise du Covid-19 doit d’une manière générale amener les pouvoirs publics à s’interroger sur les décisions qu’ils sont amenés à prendre et/ou à conforter prochainement : «On va vivre une période intéressante... J’ai le sentiment que cette crise va renforcer dans beaucoup de pays la réflexion sur la sécurité et la souveraineté alimentaire, et cela aura des conséquences sur les flux logistiques (…) D’autre part, le consommateur a pris conscience pendant cette crise de l’importance de bien choisir son alimentation, de la notion de sécurité alimentaire et en même temps, nous sommes face à une Commission européenne qui veut nous imposer le Green Deal et une transition agroécologique antagoniste qui remet en cause la souveraineté alimentaire de chaque pays européen en voulant moins de produits de protection des plantes, plus de bio... Si c’est ce chemin qui est pris, il me semble que cela va conduire à un renchérissement des matières premières agricoles. Encore faudra-t-il que le consommateur soit prêt à payer plus cher son alimentation...»



Après le Covid-19, la sécheresse ?

Lorsque l’on s’intéresse aux conditions climatiques actuelles, et à mesure que des arrêtés «sécheresse» tombent, on peut se demander si après le Covid-19, la sécheresse ne va pas venir perturber la prochaine campagne céréalière. C’est en tous cas la crainte soulevée par Joel Ratel : «Si on s’attend à ce que la campagne qui s’achève va être excellente, on peut s’attendre à ce que la prochaine soit plus compliquée.» Plusieurs raisons le font penser ainsi : «Les semis d’automne ont eu lieu dans de mauvaises conditions, rapporte M. Ratel. Les rendements ne seront sans doute pas aussi bons.» Conséquence, la récolte française de blé pourrait n’atteindre «que» 32 à 33 millions de tonnes. «Si on produit moins, c’est donc autant de volumes que nous n’aurons pas à exporter et nous commençons à nous préparer à cette éventualité», indique le directeur de Nord Céréales.





Une tendance à consommer local renforcée par la crise, mais...

Pour le directeur du Club Demeter, la demande des consommateurs pour plus de locavorisme n’est pas nouvelle, ni directement liée à l’épidémie de Covid-19. «Cette tendance existait déjà avant», rapporte Sébastien Abis. Dans le même temps, «si la crise n’a pas fait émerger une nouvelle tendance de consommation, elle va plutôt conforter l’existant», poursuit-il. Et de citer diverses raisons qui amènent les consommateurs à «acheter local» : «On achète local pour des considérations écologiques, pour sa santé, pour faire vivre des producteurs près de chez soi..., mais le patriotisme alimentaire a aussi ses limites.» Lesquelles ? Réponse de l’expert : le coût de certaines denrées, la disponibilité de certains produits ou encore l’incapacité à les produire chez nous. D’après Sébastien Abis, la crise liée au Covid-19 a aussi eu quelques vertus : «Grâce au Covid-19, les consommateurs se sont rendus compte qu’ils avaient des agriculteurs et des entreprises au fond de leurs assiettes.» Le fait pour certains d’entre eux d’avoir constitué des stocks – on a beaucoup entendu parler des stocks de pâtes, de riz, d’achats en gros volumes -, n’a par ailleurs, selon Sébastien Abis, «rien d’extraordinaire». «C’est quelque chose que l’on retrouve toujours en période de crise, pour être le moins possible à l’extérieur mais encore faut-il avoir de la place pour le faire et un pouvoir d’achat qui le permet.» Toutefois, note le directeur du Club Demeter, tout n’est pas noir : «Le monde agricole a tenu bon, malgré la crise. Cela montre que notre système alimentaire est robuste et c’est une bonne chose qu’un grand nombre de personnes l’ai remarqué. Si notre modèle agricole a été bon pendant la crise, c’est aussi parce qu’il l’est en tant normal.» Et cela, ce n’est pas mal que de le dire.

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