Le gouvernement débloque 270 M€ d’aides d’urgence pour le porc
Julien Denormandie a annoncé 270 M€ d’aides à la trésorerie pour soutenir les éleveurs de porcs, pris en étau entre hausse des charges et prix en berne. Un soutien doublé d’un coup de pression sur l’aval de la filière.
Julien Denormandie a annoncé 270 M€ d’aides à la trésorerie pour soutenir les éleveurs de porcs, pris en étau entre hausse des charges et prix en berne. Un soutien doublé d’un coup de pression sur l’aval de la filière.

Alors que les éleveurs de porcs sont en proie à une crise «inédite», le gouvernement a débloqué 270 M€ d’aides d’urgence, a annoncé le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie le 31 janvier, à l’issue d’une réunion avec la filière. Entre la flambée de l’alimentation animale et un prix morose, la filière porcine «fait face au plus fort ciseau de prix jamais subi depuis trente ans», selon un communiqué de la Rue de Varenne. Le «plan de sauvegarde de la filière porcine» comprend trois volets. Une enveloppe de 75 M€ d’aides à la trésorerie fera l’objet de premiers versements d’ici «deux à trois semaines», d’après le ministre. Pour plus de réactivité, ces aides seront à demander auprès des préfectures – et non auprès de FranceAgriMer –, à l’instar de celles qui avaient été accordées après l’épisode de gel du printemps 2021. Leur montant maximal sera de 15 000 € par exploitation «avec transparence pour les Gaec», a précisé M. Denormandie.
Recours aux PGE
Pourront prétendre à ce «chèque ciseau de prix porcin» les élevages dont la ligne de trésorerie à court terme est «utilisée au moins à 80 %» et qui ont «engagé une démarche de PGE (prêts garantis par l’État, ndlr), qu’elle ait abouti ou non». Cet outil créé en réponse à la crise sanitaire peut être «intéressant pour passer le cap», explique-t-on à la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA). L’association spécialisée précise que ces emprunts sont garantis «à 90 % par l’État» et que leur montant est «plafonné à 25 % du chiffre d’affaires de 2019». Par ailleurs, leur remboursement peut faire l’objet d’un «différé d’un à 0 %». «Au début, on sentait une petite frilosité de certaines banques, mais c’est en train de changer», souffle-t-on à la FNP. D’où l’utilisation du critère PGE pour demander l’aide de crise, qui permettra de «voir qui joue le jeu», espère le ministre.
La deuxième enveloppe comprend 175 M€ d’aides à la trésorerie en lien avec la crise sanitaire ; elle commencera à être versée «courant avril, début mai», après notification à Bruxelles. D’ici le 15 février, le ministère et la filière en définiront les critères d’accès, avec l’objectif que ce dispositif serve aussi à «mettre de la pression dans le tube face à ceux qui ne jouent pas le jeu de la loi Egalim 2», d’après M. Denormandie. Le communiqué du ministère précise que cette «aide de structuration» sera «adossée à un engagement de contractualisation dans le cadre d’Egalim 2». Troisième volet : 20 M€ d’exonérations de charges MSA (5 000 € maximum par exploitation).
440 M€ de pertes en un an
Entre la flambée de l’alimentation animale et un prix morose, «la filière porcine française fait face au plus fort ciseau de prix jamais subi depuis trente ans», constate le ministère. En l’absence d’aides, prévient M. Denormandie, «jusqu’à 30 % de nos éleveurs [...] pourraient à terme s’arrêter dans les 12 à 18 prochains mois». «Un élevage moyen de 250 truies va perdre au moins 80 000 € en six mois», abonde le président de la FNP François Valy, présent lors du point presse du 31 janvier. Les 270 M€ d’aides «ne vont pas boucher tous les trous», indique-t-il, la filière ayant chiffré le total des pertes à 440 M€ sur un an. De son côté, l’interprofession Inaporc a aussi salué une «bulle d’oxygène pour la filière alors que les fermes sont prises en étau». Au-delà des aides de crise, professionnels et pouvoirs publics ont signé le 31 janvier une feuille de route. Celle-ci prévoit «la poursuite de la mobilisation des autres États membres» afin d’obtenir des mesures de marché au niveau européen, ou encore une «campagne de promotion pilotée par les professionnels» (d’un budget de 100 000 €). Mais l’axe central de cet accord est «l’engagement de tous les acteurs, des producteurs aux distributeurs, à accélérer sous un mois, la mise en place d’Egalim 2», d’après le ministère. «Quand les acteurs appliquent la loi Egalim 2 tout au long de la chaîne, ça marche !, a plaidé Julien Denormandie. Mais certains ne jouent pas le jeu et refusent d’utiliser les bons indicateurs de coût de production». Avec son plan de sauvegarde, «l’État a pris sa responsabilité, estime la FNP. Aux OP, GMS et industriels, désormais au pied du mur, de prendre les leurs !» Dans une communication remarquablement alignée, pouvoirs publics et éleveurs ont renvoyé la balle à l’aval. La réaction ne s’est pas fait attendre : dès le lendemain, certains transformateurs et distributeurs annonçaient leur volonté de privilégier l’origine France.
La MSA a ouvert ses guichets
Des promesses de l’aval pour soutenir l’origine France
Dès le lendemain de l’annonce d’un «plan de sauvegarde» pour la filière porcine, le charcutier Fleury Michon a fait part de sa volonté d’«augmenter le plus rapidement possible sa part d’approvisionnement en viande de porc française, pour atteindre jusqu’à environ deux tiers de ses achats». Une mesure appliquée «tant que les cours resteront à des niveaux insuffisants», peut-on lire dans son communiqué, alors que les éleveurs subissent un effet de ciseaux entre la flambée de l’alimentation animale et des prix faibles. Le groupe vendéen compte, «dans un premier temps», passer en 100 % origine France pour sa gamme de rôtis.
Gage donné aux éleveurs
Par ailleurs, le numéro 2 français du jambon s’engage à «continuer de respecter la loi Egalim». Un gage de bonne volonté donné en direction des éleveurs. Réagissant au déblocage des aides d’urgence, la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) lançait dans un communiqué le 31 janvier : «L’État a pris sa responsabilité, aux OP, GMS et industriels, désormais au pied du mur, de prendre les leurs !» Dans un contexte de négociations commerciales tendues, plusieurs actions syndicales menées par des FDSEA ont ciblé des grandes surfaces, notamment en Bretagne.
De son côté, Intermarché a rapidement emboîté le pas à Fleury Michon, en promettant, le 2 février, de «développer l’assortiment des références VPF» (Viande de porc français) du groupe vendéen. Tout en promettant le même traitement de faveur aux «autres industriels qui s’engageront sur la voie du VPF», d’après un communiqué. Vincent Bronsard, le président d’Intermarché et de Netto, appelle à «faire jouer la mécanique de l’offre et de la demande en viande de porc française, en accroissant la demande pour faire remonter les cours». Et de rappeler qu’Agromousquetaires, le pôle agroalimentaire des deux enseignes, «s’approvisionne depuis 2015 exclusivement en viande de porc française».
Le 9 février, enfin, Kermené, l’outil d’abattage et de transformation de E.Leclerc basé en Côtes d’Armor (22), annonçait le versement de 5 € supplémentaires pour chaque cochon acheté (hors bio). «Cette initiative solidaire est entrée en vigueur le 8 février pour un délai de deux mois. Cela représente un montant d’1,6 million d’euros versés aux éleveurs bretons partenaires de Kermené», est-il précisé. Le site s’approvisionne en effet exclusivement en porcs français, principalement issus d’élevages de la région Bretagne. «C’est un geste de solidarité et de cohésion pour la filière, dont nous faisons partie», déclare Alex Joannis, le directeur.
D’après la Fict (charcutiers industriels), d’autres annonces seraient à venir : «Plusieurs entreprises se sont déjà engagées à chiffrer précisément ces engagements très rapidement», affirme le syndicat dans un communiqué le 2 février. Ses membres s’y engagent collectivement à renforcer «significativement leurs approvisionnements en viandes issues de porcs français». Selon la Fict, environ 85 % des approvisionnements des industriels de la charcuterie viennent des élevages français.
Y. G.