Solidarité
L’éleveur de moutons de Brutelles en appelle à Hanouna
Après avoir lancé une cagnotte en ligne et alerté sur sa situation par des dizaines de courriers, Philippe Dehedin compte sur le relais de «people» pour lui permettre de collecter suffisamment de fonds pour redresser la barre de son élevage.
Après avoir lancé une cagnotte en ligne et alerté sur sa situation par des dizaines de courriers, Philippe Dehedin compte sur le relais de «people» pour lui permettre de collecter suffisamment de fonds pour redresser la barre de son élevage.

À moins d’une dizaine de jours de Pâques, Philippe Dehedin savait déjà qu’il ne sera pas dans les temps pour ce pic annuel de consommation de la viande d’agneau. «C’est dommage, assurait-il dimanche 3 avril. Les agnelages sont arrivés trop tard et mes agneaux ne seront pas finis.» Comprendre qu’ils n’auraient pas atteints la taille et le poids minimum pour en espérer une valorisation correcte. «Si c’est pour les gâcher, je préfère les garder dans la bergerie plutôt que de les conduire à l’abattoir.»
Cagnotte en panne
Philippe Dehedin, c’est cet éleveur installé à Brutelles, double-actif, qui lutte depuis plusieurs mois pour redresser la barre de son élevage après avoir enchaîné les tuiles. Au bord du gouffre, il a fait appel à la générosité citoyenne en lançant une cagnotte en décembre 2021. Si les donateurs ont répondu présent au début, ce qui lui a permis de régler quelques factures, il constate aujourd’hui une stagnation. La dernière contribution date en effet du 20 mars. Pour faire redécoller sa cagnotte, après avoir sollicité différents organismes, il compte encore aujourd’hui sur le soutien de «people» pour médiatiser sa situation, dont un certain Cyril Hanouna. Destinataire d’un courrier, celui-ci ne l’aurait toujours pas contacté, ce que l’éleveur regrette : «À quoi ça sert d’envoyer un courrier à Cyril Hanouna. Il répond même pas… Si vous le connaissez faites lui passer ce message...», s’était-il ému le 1er avril dernier sur le réseau social Twitter. Début mars, pendant le Salon international de l’agriculture, le réalisateur du film Au nom de la terre, Édouard Bergeon, lui avait bien apporté son soutien lors d’un direct au micro de France Bleu. Grâce à cet appel, «on a gagné 6 000 € en quatre jours !», se souvient M. Dehedin. En parallèle, il dit devoir de temps en temps débusquer des arnaques : «Je reçois des messages de personnes qui disent vouloir m’aider, mais sans passer par la cagnotte en ligne et en me demandant mes coordonnées bancaires…» Louche.
Du côté de la banque qui le suit, M. Dehedin explique être «toujours en négatif, ce qui ne permet pas d’avoir un prêt», mais, assure-t-il, «il y a une amélioration dans les comptes». Après les agnelages d’octobre, l’éleveur a pu commercialiser huit agneaux, estimant faire au mieux : «Faute d’argent, j’ai dû restreindre l’alimentation en choisissant une formule moins riche. Dans les pâtures, c’est la même chose, je dois faire l’impasse sur la fertilisation.» Dernière option, à laquelle il se refuse encore : «mettre des femelles à l’abattoir. Le but est quand même que j’en garde le maximum pour assurer le développement de l’élevage».
Des débuts scabreux
Lorsqu’il a débuté son activité en 2019, c’est un prévisionnel trop optimiste qui l’a plongé dans la situation dans laquelle il cherche à se dépêtrer. Le premier hiver, seules cinq brebis ont mis bas sur la vingtaine qu’il comptait. Le deuxième hiver, rebelote, avec un «score» de 9 sur 20. «Si toutes les brebis n’avaient eu ne serait-ce qu’un agneau, ça passait…», rapporte M. Dehedin. Après un peu plus de deux ans d’activité, l’éleveur dit avoir encore un peu de mal à «avoir du recul», mais il est plus confiant qu’il ne l’était hier. «On a besoin des éleveurs, défend-il. Quand il n’y en aura plus, qu’est-ce qu’on mangera ? Et d’où viendra la viande ?», interroge-t-il. Preuve que sa situation s’améliore, il évoque la suite : «L’an prochain, je vais réorganiser le bâtiment mais sans investissement. On cherche à faire sans dépenser.» En attendant, il devait s’apprêter à vendre quelques agnelles de race Île-de-France «vivantes» ainsi que du fourrage qu’il stocke sous abri… en attendant des jours meilleurs.