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À l’affut du moindre brin d’herbe !

À la fin du mois de novembre, certains troupeaux de vaches laitières en production étaient encore au pâturage. Pour certains, cette situation n’est peut-être pas inédite, mais elle reflète tout de même un caractère remarquable par rapport à une année «normale» et finit de placer le millésime 2022 dans les annales de la pousse de l’herbe.

Dans les années à venir, les dates d’arrêt de la pousse avant l’hiver et de reprise au printemps seront sans doute plus aléatoires.
Dans les années à venir, les dates d’arrêt de la pousse avant l’hiver et de reprise au printemps seront sans doute plus aléatoires.
© ACE

Un démarrage dans la moyenne, un arrêt brutal de croissance qui perdure jusqu’à interroger sur les capacités de repousse de certaines parcelles, puis un rebond presque inespéré : la saison de pousse de l’herbe 2022 a été particulière, avec des moments d’inquiétude qui ont parfois fragilisé les stocks et des conséquences encore visibles. Dans tous les cas, elle aura été totalement différente de l’année 2021, année de production record. En attendant de voir ce que réserve 2023, voici quelques-uns des enseignements à retenir.

 

Moyennes et disparités

Selon le bulletin d’information prairie publié en novembre par Agreste, en 2022 le niveau production des prairies françaises est inférieur de 24 % par rapport à la moyenne 1989-2018. Pour la région Hauts-de-France, le déficit est encore plus marqué selon l’étude. Pourtant, les différentes mesures réalisées dans le cadre d’opérations de suivi de la pousse de l’herbe totalisent une production qui dépasse les huit tonnes de MS par hectare. Ce niveau de production totale est proche d’une année «normale». Ce résultat peut surprendre compte tenu du déficit de pluviométrie qui a marqué l’ensemble du territoire français en 2022 et qui n’a pas épargné notre région. Cela démontre les grandes disparités au sein même des petites régions des Hauts-de-France.

 

2022 : l’année aux deux printemps

Du démarrage de la pousse au printemps jusqu’au 1er juin, le rendement plafonnait à 4 TMS par hectare. Ensuite, selon les petites régions, la production a été très pénalisée à partir de la deuxième quinzaine de juin jusqu’à la mi-août, voire septembre. Par endroit, la pousse estivale a été relancée à partir de la mi-août avec quelques pluies d’orages. En moyenne, au 1er septembre, le rendement des prairies atteignait environ 6 TMS et la pousse automnale jusqu’à la mi-novembre a été de l’ordre de 2 à 2,5 TMS. Avec le retour de l’eau dans des sols desséchés, la minéralisation a pu reprendre comme au printemps. L’herbe d’automne aura donc permis de limiter les pertes de production, à condition de la favoriser et de la valoriser.

 

Toujours en garder sous le pied !

Un des enseignements à retenir de cette année de pâturage est l’importance du respect des hauteurs d’herbe en sortie de paddock afin de ne pas surpâturer. En effet, en veillant à ne pas surpâturer les parcelles au printemps, des éleveurs parviennent à retarder l’arrêt de la pousse au début de l’été. De même, la mise en veille rapide du pâturage préserve la plante et lui donne toutes les chances de redémarrer rapidement dès les premières pluies d’août ou septembre. Pour cela, il est préférable de sacrifier une parcelle «parking» pendant l’absence de pousse. Ces bonnes pratiques peuvent offrir jusqu’à quinze à vingt jours supplémentaires de pâturage sur une année !

 

Valoriser l’herbe d’automne

Pour des raisons économiques et techniques, il est impératif de bien consommer l’herbe d’automne. Elle permet des économies évidentes de correcteur azoté et de fourrages stockés. Et la bonne exploitation de l’herbe en fin de saison conditionne la bonne reprise de la pousse au printemps suivant. Contrairement aux idées reçues, l’herbe d’automne possède une bonne valeur alimentaire grâce à une structure très feuillue, riche en énergie et en azote mais avec une faible matière sèche. Certes, la diminution des températures et de l’ensoleillement ainsi que les pluies plus abondantes vont progressivement réduire cette valeur et les animaux vont avoir tendance à la trouver moins appétante. Cette herbe peut alors ne plus correspondre aux besoins des vaches en lactation ; en revanche, d’autres catégories d’animaux peuvent y trouver leur compte avec un fourrage sec à disposition et en veillant au risque parasitaire.

Même si le pâturage reste la meilleure solution, car la moins coûteuse, pour valoriser l’herbe à l’automne, une récolte n’en est pas moins une alternative à considérer. Toutefois, attention aux frais de mécanisation, il est peut-être préférable de prendre le risque de retarder une petite coupe de fin septembre à octobre pour ne pas avoir une repousse trop importante en novembre qui serait non valorisable.

Comme en 2022, à l’avenir, les périodes de pousse de l’herbe seront très probablement plus étalées et morcelées. Les dates d’arrêt de la pousse avant l’hiver et de reprise au printemps seront sans doute plus aléatoires. Se limiter au calendrier pour gérer la mise à l’herbe, les coupes ou encore les apports d’engrais est de plus en plus risqué. Certes, ces variations ne simplifieront pas l’exploitation de l’herbe et l’adaptabilité des pratiques sera certainement plus que jamais une des clés pour continuer à profiter de tous les bénéfices des
prairies.

Avant le printemps, l’hiver ?

En plus de valoriser l'herbe produite, le pâturage de fin d'automne prépare la bonne repousse du printemps suivant. L’objectif du pâturage de fin d’automne est de laisser une végétation suffisante mais pas excessive. En effet, l’hiver peut dégrader le stock d’herbe sur pied avec l’apparition de rouille par exemple. À l’inverse, le surpâturage va pénaliser la mise en réserve des plantes pendant la période hivernale de repos de la prairie. Idéalement, il faut conserver une hauteur de 6 à 7 cm à l’herbomètre.
Le pâturage est aussi possible en hiver, notamment pour les bovins allaitants ou autres animaux moins exigeants, à condition de veiller à la portance du sol, au chargement et à l’allongement de la période de repos des paddocks. Le plus simple est d’ouvrir suffisamment de surface à un lot d’animaux afin d’alléger le chargement. Toutefois, conserver un rythme de changement de paddocks limite les risques de voir apparaître des zones piétinement. Dans tous les cas, il est indispensable de prévoir une parcelle «parking» ou un parc stabilisé si les conditions de portance se dégradent. Une telle pratique permet de saisir les opportunités de production d’une herbe de qualité et d’économiser des stocks fourragers. 
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