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Une campagne de récolte de pommes de terre très décousue

Installé à Offoy depuis 1997, Dominique Rimette cultive 56 ha de pommes de terre de consommation sur son exploitation. Retour sur sa campagne.

Dominique Rimette, «éleveur» de pommes de terre.
Dominique Rimette, «éleveur» de pommes de terre.
© F. G.

Avec une très belle arrière-saison cette année, des pluies tombées au bon moment permettant de ne pas avoir recours à l’irrigation (sauf les pommes de terre à chair ferme sur 40 % de leur superficie, ndlr), les conditions ont été optimales pour l’arrachage des pommes de terre de chair ferme (variétés : Charlotte, Amandine et Jazzy), comme de chips (variétés : Heraclea et Levinata) et de frites (variété : Challenger). Les variétés de chair ferme ont été récoltées entre le 15 août et début septembre, celles pour les chips entre le 10 et le 25 septembre, et celles pour les frites du 25 septembre au 12 octobre. Leur arrachage s’est fait avec une machine combinée équipée d’un système de nettoyage et de visite, évitant de retrier dans les bâtiments et d’y introduire de la terre.
«En dépit de conditions optimales, et sans mildiou cette année, la campagne a cependant été très décousue, avec des interruptions entre l’arrachage des différentes variétés, ce qui ne nous était jamais arrivé», relève Dominique Rimette. Des interruptions liées, entre autres, au fait que certaines variétés ne voulaient pas mûrir telles que Challenger. «Du coup, nous avons rencontré des problèmes de conservation, car nous avons mis dans les bâtiments de stockage des pommes de terre qui n’étaient pas forcément mûres, ce qui offre une porte d’entrée pour les pathogènes, d’autant que certaines pommes de terre étaient déjà porteuses de maladies à la récolte, mais cela ne pouvait se voir à l’œil nu», commente-t-il. Ce qui s’est répercuté sur les rendements.

Rendements
Pour les chairs fermes, les rendements sont de 38 t/ha, soit légèrement moins bien que l’année dernière. «Notre objectif est d’avoir un nombre de tubercules par pied important. Mais, cette année, une parcelle n’a pas du tout fonctionné alors que celle d’à côté, traitée dans les mêmes conditions, a donné du résultat», indique l’agriculteur.
Pour les variétés de chips, les résultats sont aussi moins bons, soit 39 t/ha. Le développement de l’alternaria sur Heraclea et Levinata en est une des raisons, ainsi qu’un problème d’irrigation sur une parcelle.
Enfin, pour les pommes de terre transformées en frites, les cultures n’ayant subi aucun accident climatique ou d’irrigation, les rendements ont été supérieurs à ceux de l’an passé, soit à hauteur de 55 t/ha contre 50 t/ha en 2016. On aura compris tout l’intérêt d’avoir trois productions : la répartition du risque et du temps de travail. Reste que le marché n’est pas vraiment au beau fixe cette année.

Commercialisation
Toute la production de chair ferme est vendue à Pom Alliance à la récolte, qui la stocke en palox dans ses bâtiments, à Ham. «Nos contrats sont indexés sur le marché. Nous avons un prix de base garanti sur 20 % du tonnage. Par contre, l’ensemble des primes est versé sur la totalité des tonnages», explique Dominique Rimette.
Pour les variétés chips et frites, stockées à la ferme, en vrac, dans un bâtiment isolé et ventilé, la commercialisation se fait aussi par contrats. Les variétés chips sont vendues à un groupe allemand, Intersnack, représenté par Vico en France, à Vic-sur-Aisne, et les variétés frites à un groupe hollandais, Aviko. Si toutes ses productions sont sous contrat, pour l’heure, l’agriculteur n’a aucun débouché pour ces soixante tonnes de plus de pommes de terre frites. «Il n’y a pas de marché pour l’instant», note-t-il. Et pour cause. Les marchés sont engorgés du fait de l’augmentation des surfaces plantées en Europe, et des rendements supérieurs obtenus dans chaque pays.
Face aux aléas des marchés, mais aussi parce que son père le faisait déjà, mais dans de moindres proportions, Dominique a développé avec son épouse, Martine, la vente directe de pommes de terre primeurs d’été, de pommes de terre à chair ferme et celle des Bintje. Pour ce faire, depuis trois ans, ils ont ouvert un local de vente à Mulle-Villette couplé à un distributeur automatique. Ils font aussi de la vente à la ferme. «Cela a permis de dégager un revenu pour ma femme sur l’exploitation, de valoriser la production en termes de marges et de rester connecté avec les clients. C’est important de pouvoir échanger avec eux, de comprendre quelles sont leurs attentes et d’avoir leur retour sur nos produits», explique Dominique Rimette.
Et encore plus important quand on se considère comme un éleveur de pommes de terre plutôt qu’un producteur. «Au-delà de la note d’humour que l’on souhaitait afficher en se disant éleveurs, on voulait aussi dire à nos clients que comme les éleveurs qui aiment leurs bêtes, nous, on aime nos pommes de terre», conclut l’agriculteur.

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